Les valeurs au cœur du leadership
Généreusement dirigé et soutenu par Robert Dutton, le Parcours Leadership est un programme d’enrichissement de la trajectoire des étudiants-athlètes des Carabins offert à une cohorte d’au plus 35 participants à la fois. Second d’une série de dix, le module présenté dimanche focalisait sur les valeurs qui sous-tendent toute forme de leadership.
À 28 ans, Robert Dutton prenait un temps d’arrêt pour mieux se connaître, pour réfléchir à ses objectifs de dépassement et à sa raison d’être. Réalisant qu’il se passionnait pour les gens et qu’il voulait se consacrer aux autres, il a développé une passion pour le leadership avec sa vision solidement ancrée dans ses valeurs :
Ma mission, c’est participer avec d’autres à bâtir une société plus juste, responsable et respectueuse de la dignité humaine.
– Robert Dutton
Robert Dutton
Aucun des étudiants-athlètes de la 5e cohorte du Parcours Leadership des Carabins n’a encore 28 ans. Qu’à cela ne tienne, dimanche dernier, ils ont pris un temps d’arrêt pour une journée de formation et d’ateliers avec Robert Dutton et ses invités, Alexandre Rousseau, fondateur de Moai Conseils, et Cassandra Poudrier, cofondatrice de la firme Quatre-Chemins.
L’ancre du leadership
L’éthique est une réflexion, c’est omniprésent dans le monde – on le voit dans le sport comme ailleurs, pensez aux Mondiaux de cyclisme et aux débats qui les entourent.
C’est ainsi qu’Alexandre Rousseau lançait la formation de l’avant-midi, pour amener les étudiants-athlètes à réfléchir aux fondements du leadership qu’ils veulent développer. Cherchant à définir cette notion, certains évoquaient l’idée « de mener, de guider » ou « d’influencer positivement », d’autres disaient « qu’il y a beaucoup de sortes de leaders et qu’il faut que tous les types s’expriment ». Construisant sur ces suggestions, Alexandre Rousseau a ajouté l’importance d’acquérir la confiance des autres pour arriver à un but commun.
Dans la vie, quand on influence les autres à s’impliquer dans nos projets, ils vont se mobiliser davantage s’ils ont l’impression que c’est leur propre projet – en fait, le leader va créer l’environnement propice pour que les autres croient en eux-mêmes et le fassent.
– Alexandre Rousseau
Alexandre Rousseau, fondateur de Moai Conseils
Rapidement, les étudiants-athlètes ont fait des parallèles avec leurs sports :
Quand on fait une erreur, nos coachs sont là pour nous encourager et après, pour nous aider à comprendre ce qui s’est passé ».
« Parfois, on est dans les gradins mais au fond, si on est là, c’est parce qu’on est capable d’être dans l’équipe.
Je suis déjà allé voir un coéquipier qui était déconcentré et je lui ai dit que l’équipe avait besoin de lui – il est revenu dans le match.
Ensuite, Alexandre Rousseau a fait remarquer que les exemples évoqués étaient tous basés sur l’authenticité de l’implication des étudiants-athlètes et des entraîneurs. C’était une condition à l’établissement d’un sentiment de sécurité psychologique qui, à son tour, pouvait permettre à l’excellence d’émerger. Or, expliquait-il, cet enchaînement positif n’est pas le fruit du hasard.
Les moments dans nos vies ont des impacts sur nous et il faut savoir en tirer des leçons. Ce qu’on vit n’est pas en vain, la connaissance de soi est clé.

Invitant les étudiants-athlètes à se questionner sur une situation où un athlète professionnel a posé un geste politique qui lui a coûté sa carrière sportive, il a soulevé la question du courage – ou la témérité. Afin de réfléchir à la situation évoquée, les étudiants-athlètes ont identifié des valeurs qui leur servent de filtre pour se positionner. Ils se sont rendu compte que leurs valeurs rallient autour d’eux les gens qui les partagent et cimentent leurs liens avec eux.
En leur demandant s’ils ont déjà contrevenu à une de leurs valeurs, Alexandre Rousseau a amené les étudiants-athlètes à réaliser que les dilemmes éthiques peuvent être fréquents, notamment quand il s’agit de jouer franc-jeu. Évoquant diverses raisons qui peuvent pousser des athlètes à tricher, et des mécanismes par lesquels ils cherchent à se disculper, le groupe a conclu qu’en général, l’authenticité est une valeur partagée et qu’elle est propice à l’établissement d’un leadership qui mène à la performance et à l’excellence.
La confiance et l’empathie, tant envers les autres qu’envers soi
Ayant demandé aux étudiants-athlètes de préparer d’avance une réflexion sur leur parcours et les questionnements auxquels ils sont confrontés, Robert Dutton a animé un atelier qui a mis en lumière la diversité des trajectoires des Carabins et les points communs qu’ils partagent dans leurs questionnements. À mesure de leurs échanges, les étudiants-athlètes se rendaient compte des qualités humaines de leurs camarades, à commencer par l’écoute, l’empathie et la bienveillance. Une profondeur de réflexion qui a même épaté Robert Dutton.

Pour clore la journée, il a invité Cassandra Poudrier à se joindre aux étudiants-athlètes. Leur demandant d’approcher leurs chaises autour d’elle, cette ancienne étudiante-athlète de hockey et ex-membre de l’équipe nationale canadienne leur a demandé comment ils avaient vécu le fait de raconter leurs histoires :
L’expérience des autres et l’expérience personnelle se rejoignent, c’est bien qu’on puisse partager.
On est un peu vulnérable, mais c’est correct.
D’un ton calme et posé, Cassandra Poudrier a alors entrepris de raconter son histoire à elle, pour partager ce qu’elle a compris de ce qui lui est arrivé :
J’ai commencé à jouer au hockey bien avant qu’on me laisse faire. On m’a fait jouer à plusieurs autres sports parce que le hockey pour les filles, ce n’était pas courant.
Vers l’âge de 9 ou 10 ans, alors qu’elle commençait à jouer au hockey de niveau élite, elle s’est fait expliquer qu’à talent égal, un garçon serait pris dans l’équipe parce que c’était moins compliqué que d’accepter une fille. C’est là qu’elle a compris qu’elle allait devoir redoubler d’efforts.
À 12 ans, elle a été recrutée par l’équipe du Québec pour jouer avec des filles qui en avaient 17. À 15 ans, elle jouait avec l’équipe nationale des filles de moins de 18 ans. Elle a ensuite été admise dans une grande université américaine, où elle faisait partie de l’équipe féminine de hockey, jouant quatre ans au sein de la NCAA. Au printemps 2016, alors qu’elle assistait à un de ses cours, elle a reçu un appel de trois minutes au cours duquel elle a appris que Hockey Canada n’avait plus besoin de ses services après huit ans au sein de l’équipe.
J’avais toujours tout fait ce qui était attendu de moi et d’un coup, tout s’écroulait. J’ai associé tout ce qui avait existé à un échec.
Cassandra Pourdrier, co-fondatrice de Quatre-Chemins
De retour au Québec, Cassandra Poudrier a expliqué s’être lancée tête baissée dans une carrière professionnelle, ne sachant pas quoi faire d’autre, jusqu’en 2018 quand une 6e commotion cérébrale a mis fin à sa carrière sportive.
Je me suis effondrée physiquement, mais j’ai expérimenté aussi un soulagement. J’ai compris qu’une part de moi ne s’autorisait pas à vivre ce que je voulais vivre. J’avais appris le don de soi au nom de l’équipe, mais je n’avais jamais su comment faire coexister ça avec ce qu’on veut pour soi-même.
Cassandra Poudrier a ensuite raconté aux étudiants-athlètes que quand elle a annoncé sa retraite en 2018, elle participait à un programme de développement du leadership, qui l’a éventuellement menée à cofonder son organisation Quatre-Chemins avec ses trois partenaires. Son expérience lui a servi de tremplin pour la suite de sa trajectoire.
La performance est une stratégie pour répondre à un besoin. Je n’avais pas vu que c’était un moyen pour appartenir, pour être aimée. J’étais déboussolée avec ma fin de carrière abrupte parce que c’était ma seule stratégie pour répondre à mon besoin.
Elle a expliqué que, de fil en aiguille, elle a appris à associer la performance au résultat qu’elle a obtenu, plutôt qu’à celui qu’elle aurait dû obtenir. C’est en se recentrant sur ses valeurs d’honnêteté, de respect des structures, d’authenticité qu’elle a surmonté sa colère et son sentiment d’injustice pour rebâtir sa confiance en elle et établir un rapport plus sain à la performance. Aujourd’hui, elle comprend que l’étudiante et l’athlète qu’elle était sont une seule et même personne. Que cette personne était – et est toujours – intéressée par plusieurs choses qui correspondent à ses valeurs et ses besoins, et qu’elle peut choisir et prendre en main ce qu’elle a envie de faire pour autant qu’elle s’ouvre à ce qui est nouveau et différent et qu’elle s’en donne le temps.
Le mot de la fin d’une étudiante-athlète
Je voulais vous dire, monsieur Dutton, que ça fait deux modules que je fais et j’ai plus de questionnements que je pensais. J’aime vraiment ça, je sens que ça me fait du bien. Je progresse et c’est un bon moment dans ma vie maintenant pour ça.